Les coûts du deuxième pilier font débat
Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans L'AGEFI, page 26, publié le 30 janvier 2012.
Une caisse de pension est capable de générer une plus-value pour ses assurés. Pour peu qu'elle soit bien assistée.
Avant de changer de département, le conseiller fédéral Didier Burkhalter a fait élaborer des bases de décision détaillées. Si le rapport qu'il a demandé sur l'avenir du 2 e pilier a pris du retard et n'ira en consultation qu'en 2012, des analyses de coûts fouillées concernant l'administration et la gestion de fortune n'en révèlent pas moins que la prévoyance professionnelle ne peut être remise sur les rails qu'à force de simplifications incisives.
Bien que la Constitution fédérale garantisse la propriété, les mesures étatiques de confiscation indirecte de l'épargne qui sévissent dans les caisses de pension constituent actuellement le risque majeur pour les salariés. Outre les allocations de capitaux et les modalités de placement défavorables qui leur sont imposées, elles sont menacées de restructurations des prestations, de toutes sortes d'obligations ainsi que d'une dépréciation de leurs patrimoines induite par des taux d'intérêt maintenus artificiellement à un bas niveau et par des réformes monétaires timorées.
En 1891, année où Bismarck, en Allemagne, fut le premier à offrir une protection contre l'insolvabilité aux institutions de prévoyance, l'âge de la retraite était déjà de 65 ans, alors que l'espérance de vie des hommes ne dépassait pas 40 ans. Elle est aujourd'hui de 78 ans. Retarder l'âge de la retraite, c'est évidemment une mesure qui soulagerait les caisses de pension. Elles percevraient plus de cotisations pour moins de rentes et pourraient, par des moyens très simples, rétablir un équilibre financier précaire. Mais prévoir un relèvement des cotisations à titre de mesure d'appoint, ce n'est pas servir les intérêts des assurés, qui ont placé leur confiance dans le système de la capitalisation. De leur point de vue, il faut d'abord assainir le 2 e pilier en renouant avec l'efficience, autrement dit des revenus accrus et des coûts en baisse pour les institutions de prévoyance. Faute de quoi, ces dernières alimenteront à coup de cotisations un système foncièrement déficitaire, bref, un puits sans fond.
Toujours selon les analyses de coûts évoquées plus haut, les charges annuelles globales des caisses de pension atteignent aujourd'hui le niveau insupportable de 6 milliards de francs, soit 1300 francs par assuré et par an, ou encore 10% des quelque 60 milliards qui approvisionnent le 2e pilier. Un grand pas peut d'ores et déjà être accompli sous forme de polices d'assurance intervenant en fonction des risques encourus. Les fondations collectives instituées au service des PME, qui confient la totalité de leur fortune - 1 50 milliards de francs - et de leur gestion administrative à des compagnies d'assurance, assument à ce titre des coûts représentant en moyenne 22% des primes qu'elles versent. Selon ce modèle, sur 100 francs de cotisations, il subsiste donc aux assurés 78 francs pour les prémunir contre les risques de vieillesse, de décès et d'invalidité. Vue sous cet angle, l'appel lancé par ces compagnies à l'abaissement du taux de conversion, de la rémunération des fonds de prévoyance et au relèvement de l'âge de la retraite laisse un goût amer aux salariés et ne peut que susciter de la compréhension pour leur attitude.
Le récent rapport de l'OFAS recommande en matière de baisse des coûts une réduction du nombre d'institutions de prévoyance, accompagnée d'une standardisation des règlements. Il évoque par ailleurs des questions en suspens ainsi que d'autres études et analyses. Sont soulevées notamment la question de la proximité des caisses de pension et des employeurs, de l'individualisation face à la flexibilisation et de la centralisation par rapport à des espaces de liberté, notamment au chapitre des activités de placement. Ces idées sont en contradiction flagrante avec l'esprit initial, empreint de libérahsme, de la LPP. Il faut relever dans ce contexte la tendance à l'émergence à longue échéance d'un oligopole. L'expérience de même que la doctrine sont à cet égard unanimes: un oligopole sert non pas les consommateurs, à savoir les assurés, mais les offrants, qui peuvent ainsi imposer plus facilement les revendications visées plus haut.
Dans leur rôle de tiers cotisant, la liberté de gestion de la fortune est pour les caisses de pension un élément porteur fondamental. Elles doivent pouvoir réagir aux crises et transférer leur fortune vers des régions moins exposées ou l'investir dans des outils de placement sûrs tels que les actions de sociétés opérant dans le monde entier. Les entreprises bien tenues sont capables de résister aux crises, ajustent leurs coûts et leurs prestations aux circonstances et savent préserver la valeur de leurs titres, indépendamment des turbulences passagères des marchés ou de l'inflation. Quand les caisses de pension, en investisseurs conscients de leurs charges et misant sur le long terme, s'associent directement à des entreprises, elles font des économies énormes par rapport à des participations indirectes sous forme de fondations de placement, d'ETF (fonds cotés en Bourse en continu), de produits indexés, de dérivés, de prétendus fonds de couverture (hedge funds) et de titrisations, pour ne citer que quelques-uns des instruments avec lesquels des intermédiaires financiers ingénieux, des banques et des assureurs soutirent leur argent aux assurés sans assumer les risques qui en sont le pendant. Les pertes d'usure qu'en subissent les marchés financiers atteignent jusqu'à 20% des revenus envisageables, comme Warren Buffet s'en est déjà fait l'écho en 2006 dans une lettre aux actionnaires de légende. Pour résumer, qu'a-t-on à opposer à des placements directs et par, là, à un premier pas vers la baisse des coûts? Rien, au fonds, car pour peu qu'elle suive la bonne stratégie et soit bien assistée, une institution de prévoyance est capable de générer rapidement une plus-value pour ses assurés.
Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et fondatuer de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes.
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